Le château de Richelieu

En 1735, Charles Armand René, duc de la Trémolite ( 1708-1741), acheta à Gennevilliers un domaine, sur lequel existâtes déjà depuis un siècle un modeste château. Le domaine est ensuite revendu en 1746 à Armand de Vignerot du Plessis, maréchal-duc de Richelieu et petit-neveu du Cardinal. 

La ville de Gennevilliers et son histoire

Armand de Vignerot du Plessis  ( 1696-1788)

Le domaine s’étendait alors sur plus de 20 hectares. Il était limité à l’est par la rue de Paris (actuelle rue Jean Jaurès), au nord par le chemin du Pont (rue du Pont d’Argenteuil), à l’ouest par le chemin des Cheverhoux (rue des Chevrins) et au sud par un chemin dont le tracé a aujourd’hui disparu mais qui correspond approximativement aux rues Pasteur et Pierre et Marie Curie. Au long de la rue de Paris se trouvait le château proprement dit et, au nord, la basse-cour ou « communs », dont il demeure une partie à travers ce qu’on appelle « les anciennes écuries », à l’angle de l’actuelle rue Carnot. Venait ensuite un jardin potager et d’autres bâtiments qui abritaient notamment une orangerie. Au centre du parc se trouvait une grande pièce d’eau avec ses fausses îles. Le long du « chemin de Colombes » (le chemin du Pont), un kiosque dédié à la déesse Aurore construit en 1752 surmontait la colline qui recouvrait une grotte artificielle. Partant du domaine, le maréchal-duc fit ouvrir deux avenues : l’avenue d’Epinay, vers le nord et la Seine ; l’autre, au sud et nommée « avenue d’Asnières » (correspondant en partie à l’avenue Gabriel Péri), débouchait en un point inhabité devenu la place Voltaire.

            Personnage important du royaume, le maréchal-duc de Richelieu ne vivait pas en permanence en son château de Gennevilliers, qui était davantage un rendez-vous de chasse. Le roi Louis XV (1710-1774) lui-même participa à des parties de chasse et à de somptueuses fêtes organisées dans la propriété, qui devint rapidement un des rendez-vous galants de la cour : la marquise de Pompadour (1721-1764), maitresse attitrée du roi, vint souvent à Gennevilliers.

            Le 14 janvier 1764, le maréchal-duc vendit son domaine de Gennevilliers à Etienne François, duc de Choiseul(1719-1785) et protégé de La Pompadour. Secrétaire d’Etat des Affaires étrangères et Ministre de la Guerre et de la Marine, le duc de Choiseul rendit au château son luxe un moment perdu. Mais Louis XV, ayant pris ombrage de la puissance de son ministre, lui ôta toutes ses charges à l’automne 1770 et l’exila à Chanteloup.

Le château fut remis en vente et retourna dans la famille Richelieu le 23 janvier 1771, en la personne de Louis-Antoine Sophie, duc de Fransac (1736-1791), fils du maréchal-duc. Ce dernier ne tarde pas à louer le château à Joseph Hyacinthe François de Paule de Rigaud, comte de Vaudreuil (1740-1817) : avec son grand ami le comte d’Artois, frère de Louis XVI et futur Charles V, ils viennent souvent y chasser. C’est également à Gennevilliers que fut joué pour la première fois « Le Mariage de Figaro » de Beaumarchais, le 26 septembre 1783, devant une partie de la cour royale. De locataire, le comte de Vaudreuil devint propriétaire du domaine de Gennevilliers en 1784, avant de le revendre trois ans plus tard à Louis-Philippe Joseph, duc d’Orléans, futur Philippe Egalité (1747-1793), cousin de Louis XVI. Après que celui-ci a été condamné à mort en novembre 1793, son domaine passe de propriétaire en propriétaire pendant toute la période révolutionnaire et consulaire, et n’est pas entretenu.

En août 1823, c’est un autre personnage illustre qui devient châtelain de Gennevilliers : Martin Gaudin, duc de Gaète (1756-1841), ministre des Finances sous le premier Empire, fondateur de la Banque de France et de la Cour des Comptes, créateur du cadastre. Il meurt à Gennevilliers en 1841, trois ans après vendu le domaine à un banquier, André Dassier. Après la mort de ce dernier, le château est vendu en 1896 à trois entrepreneurs de travaux publics. C’en est fini du domaine. Les nouveaux propriétaires font tracer une grande allée nord-sud dans le parc (l’actuelle rue Richelieu) et deux allées qui lui sont perpendiculaires (les rues Carnot et Félix Faure). Des parcelles sont vendues en lotissement.

Le 25 juin 1902, la ville de Gennevilliers acquiert le château et une parcelle d’un hectare entourant le bâtiment, afin d’y construire une école plus grande que celle du Village. La nouvelle école est ouverte aux garçons le 29 mai 1904 – aux filles étant dévolue celle de la rue Aguado. Entre 1920 et 1923, l’Office public d’habitation à bon marché du département de la Seine achète tous les terrains restants disponibles de l’ancien parc Richelieu pour y édifier la Cité-Jardins. En 1935, la partie sud de l’école des garçons est démolie du fait de sa vétusté. Il ne reste alors de l’ancien château de Richelieu que la partie qui abritait la salle de comédie, finalement détruite en 1998, pour la construction du nouveau collège Pasteur.

Vue intérieure/extérieure des anciennes écuries de Richelieu ( XVIIIe siècle )

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