Le port de Gennevilliers
Au Moyen Âge, Gennevilliers fait partie des ports que l’abbaye de Saint-Denis multiplie sur son domaine fluvial. Un bac y fonctionne jusqu’en 1832, date de l’ouverture d’un pont vers Argenteuil. L’inauguration des ponts suspendus en 1844, qui relient l’île Saint-Denis et Saint-Denis, puis celle d’une gare au Petit Gennevilliers en 1850, favorisent un nouvel essor de la plaine. La présence de pécheurs et les plaisirs liés au fleuve attirent promeneurs, régatiers, réparateurs et constructeurs de bateaux. Les nombreux terrains non bâtis sont rapidement pris d’assaut pour l’implantation de chantiers navals, au Petit Gennevilliers et dans le bout du quai d’Argenteuil. Rendues accessibles, les rives deviennent rapidement des endroits résidentiels : nombreux sont ainsi les peintres qui posent leurs chevalets dans la presqu’ile. Le hameau de Villeneuve devient très vite un centre de navigation marchande et de plaisance, au point de s’étendre beaucoup plus vite que le centre de Gennevilliers.
La Seine joue surtout un grand rôle pour l’acheminement des matières premières nécessaires à l’industrialisation. En 1863, les ingénieurs Aristide Dumont et Louis Richard orchestrent un projet de port directement relié à Dieppe, qu’ils appellent Port maritime de Gennevilliers. La crue de 1910 provoque la mise en place d’une commission chargée d’étudier le Bassin parisien et la possibilité d’implanter un port aux environs de Paris. Le trafic fluvial est alors en plein essor du fait de l’implantation des usines dans la banlieue parisienne. Le 25 juillet 1914, le projet d’établir le nouveau port dans la presqu’ile de Gennevilliers est adopté ! Les ingénieurs Fulgence Bienvenüe (le « père du métro » de Paris) et Bernard Suquet sont chargés par le conseil municipal de dresser les avant-projets. Le percement des deux premières darses commence en 1928 et se poursuit entre 1930 et 1932. Après l’armistice, la poursuite des travaux de creusement est décidée mais, en 1942, les troupes allemandes s’installent, récupèrent la main-d’œuvre et les travaux s’arrêtent. Ils ne reprendront qu’en 1944. Les destructions des ponts sur la Seine permet de reconstruire ceux-ci en permettant le passage de bateaux au fort tonnage. En 1946, les deux premières darses sont ainsi mises en service et la troisième est mise en creusement. Le raccordement avec les voies ferrées de la région Nord est également effectué. Tout cela attire l’implantation de nouvelles industries, tant que deux autres bassins sont mis en service en 1955, un cinquième en 1960 et une sixième darse en 1963. Entre 1950 et 1970, le trafic est ainsi multiplié par vingt.
Avec la naissance des Hauts-de-Seine en 1968, le port départemental de Gennevilliers devient Port autonome de Paris. Devenu premier port pétrolier de France dans les années 1970, il occupe actuellement près de 401 hectares. Première plate-forme logistique d’Ile-de-France, premier port fluvial français et deuxième en Europe, il accueille près de 20 millions de tonnes de marchandises en transit par an (13% de l’approvisionnement en marchandises de la région).
Mais le port de Gennevilliers, c’est également la « cité de transit » qui, à partir de 1965, accueille des dizaines de familles de travailleurs émigrés, en majorité algériennes, mêlées à des familles marocaines, portugaises et espagnoles. En dépit de l’opposition de la Municipalité de Gennevilliers (cette dernière considérant qu’il était inhumain de parquer des étrangers dans ces nouveaux « ghettos » en dehors de l’agglomération), la Préfecture de la Seine fait construire à l’automne 1965 des baraques au numéro 5 de la Route principale du Port (vers la gare aujourd’hui occupée par McDonald’s) et d’autres au 51, à l’autre bout de cette même route. Les deux cités sont gérées par l’association Cetrafa (Centres de transit familiaux), émanation préfectorale, qui n’envisage pas que ces familles étrangères puissent passer d’un bidonville à un logement en HLM sans un passage plus ou moins long par une cité de transit.
Vue de l’ancienne cité de transit du 51, rue du Port à Gennevilliers
Avec la construction de l’A86 en 1975 puis de l’A15 en 1977, le 5 est condamné et une autre cité est construite au 9. Deux foyers sont également édifiés pour abriter les hommes seuls des foyers détruits. Les familles de l’ancien 5 et celles de la partie détruite du 51 sont relogées dans ce que le Préfet annonçait comme « une cité familiale idéale » ! Rien de tel en réalité et les familles, abandonnées à leur sort, décident la grève des loyers en 1978. Celle-ci dura deux ans et les habitants eurent notamment à lutter contre les coupures d’eau, les expulsions sans relogement…, révélatrices du mépris dans lequel étaient tenues ces familles par certaines autorités. En 1980, la Préfecture décide enfin la destruction du 51 et le relogement des familles restantes. La résorption du 9 commença quant à elle en 1984 pour se finir en janvier 1986.
Entre 1966 et 1986, plus de 2000 personnes ont ainsi vécu une période de leur vie dans les cités de transit du Port de Gennevilliers. Mais le scandale du ghetto du Port n’est pas terminé pour autant, car subsistaient encore en 1986 les deux foyers pour hommes seuls et leurs six-cents travailleurs parqués à l’écart de tout. Le dernier d’entre eux ne sera relogé qu’en 2001.